Clémence : « La féminité ne se réduit pas aux artifices »

Clémence, c’est un sourire. Deux petites quenottes posées sur sa lèvre inférieure, et des yeux qui rient tellement que ses iris en disparaissent, laissant seulement deux traits qui lui donnent des airs d’ailleurs. Ça, c’est quand elle est en confiance. Sinon, elle a les cils grands ouverts et une petite moue qui fait remonter ses pommettes. Passionnée par les cosmétiques depuis l’adolescence, elle travaille aujourd’hui dans cet univers, ce qui lui a permis de tester beaucoup de produits et de développer sa créativité. Élevée dans un clan de femmes, elle cultive une féminité réfléchie. Découvrez sa vision de la beauté et de la femme.

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

C’est se mettre en valeur, révéler sa beauté naturelle et se sentir plus confiante. Ça peut aussi être la lumière, la couleur, le ciel, les Nymphéas de Monet (illustrer), ce qui nous illumine, ce qui nous inspire, aussi bien un bâtiment qu’un tableau ou un film. Un corps qui bouge aussi, c’est beau. J’adore les tableaux de femmes nues, d’Ingres, de Renoir de Degas, je trouve ça sublime. Les sentiments, les émotions aussi, je trouve ça beau.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Plutôt la beauté naturelle. Ma mère ne se maquille pas beaucoup, ma grand-mère non plus. Elles aiment les choses discrètes qui permettent de mettre en valeur leur beauté naturelle : un léger trait de crayon pour faire ressortir le bleu des yeux, avoir les cheveux bien coiffés, un joli chignon, être toujours propre sur soi, avoir toujours les ongles faits…

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À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Très tôt. Je devais être en 5e. J’étais fascinée par les publicités Chanel que je collectionnais. Quand j’ai eu ma première carte bleue, la première chose que j’ai achetée c’était un rouge à lèvres Chanel dans le Nocibé de la rue Lenepveu d’Angers. Et toutes les semaines, je retirais 20€ pour acheter un produit Chanel. Les conseillères du magasin hallucinaient de voir une gamine de 5e acheter un produit Chanel chaque semaine et me réservaient tous les petits goodies Chanel pour que je fasse ma collection.

Ton premier achat beauté ?

Un rouge à lèvres Chanel.

Ta routine soin ?

Je me mets de la lotion micellaire Créaline de Bioderma, puis de l’Advanced Night Repair d’Estée Lauder et de l’Advanced Night Repair Contour des Yeux. J’ajoute le sérum Idéalist et quand je sens que j’ai la peau sèche, je mets la Crème de la Mer ou la Moisture Surge de Clinique. Parfois, entre l’eau micellaire et le sérum, j’applique la lotion 2 du rituel Basic 3 temps de Clinique. Le soir je me démaquille les yeux et les lèvres avec Take The Day Off de Clinique, qui est pour moi le meilleur démaquillant. Il existe aussi en baume et je l’utilise parfois pour changer. Ensuite je parfais mon démaquillage avec la Créaline et j’applique l’Advanced Night Repair. Si j’ai la peau un peu sèche, j’ajoute de la crème avant de dormir. De temps en temps je fais un masque, comme le Drink Up Intensive d’Origins qui est super bien. Tu le mets avant de te coucher, tu dors avec et au réveil tu retires les résidus avec un coton. J’aime bien aussi celui au charbon, Clear Improvment, qui resserre les pores. Il y en a un autre chez Clinique, au charbon aussi, que j’utilise régulièrement.

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Ta routine maquillage ?

Quand j’ai des cernes, je mets le Beyond Perfecting Super Concealer de Clinique. Quand j’ai mauvaise mine, je mets un peu de fond de teint. J’utilise le Even Better Glow de Clinique qui est très léger et légèrement irisé. J’ajoute ma poudre fétiche, Bronze Goddess d’Estée Lauder. Normalement elle ne s’utilise que l’été mais que je la mets toute l’année. Je me fais parfois des petites taches de rousseur avec mon crayon qui est devenu minuscule parce que je l’adore et parce que je l’économise et parce que je l’utilise aussi sur les yeux (rires) : le Chanel n°02 qu’on ne trouve pas partout. Ensuite je mets de l’eyeliner, le Little Black Liner d’Estée Lauder, et le mascara Chubby Lash de Clinique. Comme blush j’utilise le Shimmer Brick Sunset Pink de Bobbi Brown (n’est plus commercialisé, NDLR) et comme highlighter, le Chubby Stick de Clinique, que j’applique sur le haut des pommettes et l’arête du nez. Et j’allais oublier le rouge à lèvres, alors que c’est ma touche ! J’adore les rouges à lèvres mats. Mon préféré est le Smashbox Bing, dont le rouge est parfait.

J’adore m’amuser avec le maquillage, m’entraîner à la manière d’un make-up artist sur des visages que j’imprime. Je joue  sur les alliances de couleurs, de textures, de reflets… Je m’exerce aussi beaucoup sur moi, et je me rends compte que j’aurais adoré être maquilleuse. J’ai choisi de faire des études de design, mais une école de maquillage aurait pu beaucoup m’intéresser aussi.

Un produit qui ne te quitte jamais ?

Le rouge à lèvres rouge mat. Le Smashbox dont je t’ai parlé, mais aussi les Clinique Pop Mat, les encres à lèvres Bobbi Brown

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

Le rouge à lèvres aussi ! Je me sens plus sûre de moi, plus femme. On trouve souvent que j’ai l’air plus jeune que mon âge, donc le rouge à lèvres ça m’aide à m’assurer.

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Clémence ©MLB

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Pouvoir ! Le pouvoir de changer quand on veut, le pouvoir d’être belle, le pouvoir de s’assumer, de s’amuser avec le maquillage…

Tu te sens femme ?

Oui ! Je me sens femme et féminine. Je viens d’une famille de femmes dans laquelle on est toutes très proches et on a toujours été survalorisées en tant que femmes. J’ai une grand-mère féministe et je pense qu’on m’a élevée de manière égale à celle d’un garçon. Je jouais à la poupée, mais je jouais aussi aux Lego, et quand je jouais avec mon petit cousin, on jouait aussi bien aux courses de voitures sur son ordinateur qu’à « Jeune Styliste ».

On naît femme ou on le devient ?

On le devient. On passe de la petite fille à l’adolescente à la femme. Oui, on naît femme.

Tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Je ne me serais peut-être pas dirigé vers le même univers, mais je pense que professionnellement, j’aurais fait la même chose. Je travaille dans les cosmétiques parce que ça m’attire énormément, peut-être qu’en tant qu’homme ça m’aurait moins intéressé, je n’aurais pas eu cette sensibilité. Parce que si j’avais été un homme, je ne pense pas que je me serais maquillé, quoique…

Virilité et féminité : qu’est-ce que ça t’évoque ?

C’est cliché. C’est la société qui fait que des comportements vont être plus virils que féminins. Pour la virilité, tu penses à un cowboy avec ses grandes bottes et son pistolet. Pour la féminité, je pense à ma grand-mère, dont ma mère me raconte qu’elle venait la chercher à l’école en cuissardes, à la Brigitte Bardot, avec ses shorts courts. Elle était belle, confiante, sûre d’elle, avec ses cheveux longs qu’elle tournait dans tous les sens… Pour moi, ça c’est la féminité. Virilité, ça a plus une connotation « macho » pour moi. C’est un peu dépassé, aujourd’hui, de définir une femme comme féminine ou un homme comme viril. Quand un garçon que j’aimais beaucoup, avec qui j’ai essayé de démarrer quelque chose, n’a pas voulu continuer avec moi car j’étais soi-disant « trop féminine » et que ma montagne de maquillage dans ma salle de bain lui avait fait peur… On ne s’était vus qu’une fois et il m’a jugée sur cette image. J’ai trouvé ça très con et tellement réducteur ! Parce que ça veut dire qu’il a considéré cette image comme quelque chose de futile et de léger sans continuer à creuser, qu’il a été rebuté par le fait qu’il me trouve féminine. Alors que pour moi, le mot féminité, ce n’est pas quelque chose qui se réduit aux artifices. ça représente certes un peu la beauté, mais aussi le pouvoir, la séduction, un caractère plus réfléchi… Même si avec le temps les différences entre les hommes et les femmes tendent à s’estomper. C’est aussi la force, la liberté. Là je pense à la scène de danse endiablée de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme, qui est pour moi une image de féminité absolue. Elle est belle, elle est libre, elle est en transe, elle est en nage, à une époque où il était encore choquant de montrer ses jambes et son corps.

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Je serais restée une fille. J’adore être une fille. J’adore mettre des robes. En même temps quand je suis allée à San Francisco j’ai vu des hommes qui portaient des robes et c’était tout à fait normal. J’aime me maquiller. Je trouve qu’en tant que femme, on a la possibilité de se transformer selon nos humeurs grâce au maquillage. On peut s’amuser avec nos cheveux, notre manière de marcher, notre manière de séduire, on peut être plus créative dans un tas de choses – physiquement. On peut porter et mettre au monde un enfant, et ça je trouve que ça fait toute notre force. Je pense que c’est une expérience incroyable, et pour rien au monde je n’aurais voulu manquer ça.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

Ne pas faire pipi debout ? Nan je rigole. Plus sérieusement, je pense que j’aurais aimé ne pas être contrainte à l’horloge biologique et à la pression sociale. Parce que ça c’est une inégalité, certes scientifique, mais marquante de la différence entre les hommes et les femmes. En ce moment je n’ai pas de mec, et je pourrais très bien le vivre et je le vis bien, mais je vis quand même avec cette pression sociale de tout ce qui se forme autour de moi : des couples, des enfants qui commencent à naître, des mariages… Et à 28 ans je me considère jeune, mais je me dis que je n’ai plus que douze ans, ou un peu plus, devant moi pour pouvoir faire un bébé.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

L’égalité des salaires. Voir plus de femmes avec des postes plus importants. Par exemple, dans ma boîte de cosmétiques, tous les postes les plus importants sont occupés par des hommes alors qu’il doit y avoir 80% de femmes dans les effectifs.

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