3 jours à Naples

Parce que j’adore Dean Martin et l’Italie, et qu’il la chante si bien, le moindre projet de week-end dans la botte est accompagné par un orchestre imaginaire qui joue en boucle dans mon esprit « That’s amore ». À en croire cette chanson, on se trompe depuis belle lurette : la capitale de l’amour, ce n’est ni Rome, ni Venise, ni Vérone, mais bien Napoli. 

Bien loin des canaux vénitiens saturés de touristes et de la marée de selfie sticks qui encercle la fontaine de Trevi, Naples et ses façades décrépites séduisent par leur authenticité. Étrangement, elle a mauvaise réputation. On la dit sale, bruyante, voire dangereuse dans certains quartiers. Ses palazzi mal entretenus et vétustes ont trop perdu de leur splendeur pour attirer les amateurs de villes-cartes postales. Tout comme les ruelles étroites où s’entassent les étals. Mais le cœur de la ville bat à cent à l’heure. Le ballet des scooters ne connaît pas de répit. Les voix s’élèvent d’un rez-de-chaussée pour répondre à un voisin trois étages plus haut. Les portes ouvertes laissent filtrer le son des transistors et des télévisions. Un mélange de couleurs, de sons, d’odeurs : Naples réveille tous les sens.

Jour 1 : Quartier espagnol et Piazza Bellini

En octobre, il fait encore doux. Le soleil nous accueille à l’aéroport. Le pull chaud enfilé au petit matin à Paris est rapidement jeté sur les épaules.GambrinusUne fois les bagages déposés dans un B&B du quartier espagnol, une première visite s’impose : le caffè Gambrinus, institution napolitaine fréquentée autant par les touristes que les habitants de la ville. A l’intérieur règne un chaleureux vacarme ; les habitués sont nombreux devant le comptoir, tandis que les promeneurs se laissent tenter par les douceurs de la pâtisserie attenante. En terrasse, on assiste au va-et-vient des passants. Le café serré à l’italienne est adouci par une sfogliatella, chausson feuilleté typiquement napolitain garni d’une crème à l’orange. La journée (à 10 000 calories) peut démarrer.

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Le Gambrinus © MLB

Comme dans n’importe quelle ville que l’on souhaite s’approprier sans suivre les circuits touristiques, il faut se perdre dans les rues. Nous nous enfonçons dans celles, quadrillées, du quartier espagnol, décrit dans plusieurs guides ou blogs sur Naples comme étant à éviter car malfamé. Grossière erreur ! C’est là qu’est l’âme de Naples. On y trouve les meilleures trattorias, des grandes portes de bois délavées et des commerçants assis devant leur boutique. Ici, on frôle les murs : les scooters surgissent à chaque coin de rue et n’envisageraient jamais de s’arrêter pour vous laisser passer. Tous sont rafistolés et beaucoup portent plus de deux passagers. La porte des habitations est souvent ouverte sur un intérieur au dénuement saisissant. Sous l’éclairage du néon, une table en formica, quelques chaises, des icônes religieuses.

Le soir, direction la Piazza Bellini pour l’aperitivo. Proche des universités, des Beaux-Arts et du conservatoire, c’est le point de ralliement des étudiants et des artistes. Un univers très différent de celui des Quartieri Spagnoli, dont la proximité renforce le contraste entre les différences facettes de la ville.

Piazza Bellini © MLB

Jour 2 : Rione Sanita et le spot secret du port

La ville se réchauffe au soleil d’automne quand nous quittons le quartier espagnol pour un appartement Airbnb plus proche du centre historique et du port de Naples – non sans un pincement au coeur. Une vingtaine de minutes plus tard, nous sommes installés dans le centre historique, près du port. Rapidement, je regrette ce changement : les Quartieri Spagnoli sont bien plus charmants. De part et d’autre de la Via Duomo (impossible de ne pas penser à L’amie prodigieuse), de petites rues drainent les touristes vers des échoppes de souvenirs. En remontant cette artère bordée de commerces, on accède à Rione Sanita, quartier populaire de Naples où se succèdent étals de fruits, de légumes et de poisson. Une explosion de couleurs et de vie qui donne le sentiment, soudain, d’être au coeur de la ville ; d’être à deux doigts d’en capturer son essence mais, comme un rêve dont les bribes nous échappent, Naples nous glisse entre les doigts : aucune photo, aucun récit ne peut restituer avec précision son atmosphère.

Les étals de Rione Sanita © MLB

Ici, il faut être curieux : franchir des porches, lever le nez, tendre l’oreille (surtout pour les scooters qui déboulent sans crier gare). Rione Sanita regorge de vieilles églises dont il ne faut pas hésiter à pousser la porte. D’une rue à l’autre, on passe d’une vive animation à un silence religieux brisé seulement par le bruit du linge qui claque au vent.

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Rione Sanita © MLB

15h. Il est grand temps de goûter à la fameuse pizza napolitaine chez l’un des deux grands noms de la spécialité : Da Michele ou Sorbillo. Mais la foule compacte massée devant chacun de ces établissements, couplée à nos estomacs qui crient famine, nous font rebrousser chemin aussi vite que devant un East Mamma un vendredi à 19h. La pizzeria du coin fait tout aussi bien l’affaire. Parce qu’à Naples, en réalité, TOUTES les pizzas sont bonnes. Pour le dessert, cap sur Gay Odin, le mythique glacier napolitain, qui mérite amplement sa réputation. En fin d’après-midi, depuis la rue commerçante où il est situé (via Benedetto Croce), on découvre un spectacle singulier : les rayons de soleil percent à travers les ruelles du quartier espagnol en surplomb, lui conférant ainsi une aura mystique.

Le soir venu, on se dirige vers le port de Naples. Dans l’enceinte, on y trouve, paraît-il, un excellent restaurant. Posé au milieu de cette zone portuaire, il n’attire pas au premier coup d’œil. Mais la cuisine est en effet délicieuse : c’est ici qu’on a dégusté les meilleurs  spaghetti alle vongole du séjour.

 © MLB

Jour 3 : Santa Lucia, Santa Chiara et le musée archéologique

Sul mare luccica l’astro d’argento
Placida è l’onda ; prospero è il vento
Venite all’agile barchetta mia
Santa Lucia, Santa Lucia !

En découvrant Santa Lucia, on comprend pourquoi elle a inspiré cette chanson devenue un standard italien (repris par Dean Martin, évidemment).

Ce petit quartier qui borde la mer, plus calme que le coeur de Naples, mène au Castello dell’Ovo, bâti sur un promontoire, et à une marina ponctuée de restaurants (peu fréquentés hors saison). Sur l’eau, des barques de toutes les couleurs se balancent, avec pour toile de fond l’imposante silhouette du Vésuve ; l’emplacement rêvé pour prendre un café ou déjeuner au soleil.

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Santa Lucia © MLB

Après cette pause hors du temps, il est temps de repartir pour les dernières étapes du séjour. Au coeur du quartier historique – et touristique, bien que Naples n’attire que peu de touristes -, le calme de la basilique de Santa Chiara et son cloître arboré contrastent avec l’agitation de la rue. Dans le jardin, les faïences des piliers et des bancs font écho aux couleurs de oranges et de leurs feuilles. Les scènes qui y sont dessinées, vestiges d’une époque lointaine, valent le coup qu’on s’y attarde !

Santa Chiara © MLB

Dernière visite : le musée archéologique, dont la collection d’antiquités gréco-romaines est impressionnante. Plusieurs heures sont nécessaires pour faire le tour des statues, mosaïques, bronzes… et du « cabinet secret » dédié à l’érotisme. Une raison de plus d’aller à Naples !

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