Fanny, à l’aube d’un nouveau chapitre

Visage mutin, beauté indocile, Fanny fait partie des femmes qui laissent une empreinte là où elles passent. En l’occurrence, une coupe courte et des traits qui ne sont pas sans rappeler les icônes des sixties – dont on devine qu’elles comptent parmi ses inspirations. Quand j’ai vu Fanny pour lui soumettre ce questionnaire, j’ai appris avec joie qu’elle était enceinte. Une heureuse nouvelle qui, étonnamment, a eu un impact sur sa vision et sa consommation des cosmétiques. Entretien avec une femme qui, si elle estime ne pas encore avoir trouvé sa voie, a une analyse bien affûtée de la distribution des genres.

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

Oh non, mais tu peux pas commencer par cette question, c’est trop dur ! (rires) Ça m’évoque deux choses tout de suite en fait. Je pense à la rubrique beauté, évidemment, puisque je travaillais dans un magazine féminin, donc cosmétiques, tendances été/hiver, 2017-2018… Et la beauté qui t’est donnée… ou pas (rires). Ton aura sur les autres, ce que tu dégages de positif avec ton physique.

Quand j’étais petite, j’ai demandé à ma mère si j’étais belle. On était dans la voiture avec mon grand frère, et ma mère n’a pas répondu.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Pas du tout. Je me souviens très bien que ce n’était pas des choses dont on parlait parce que ce n’était pas important. Quand j’étais petite, j’ai demandé à ma mère si j’étais belle.

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©MLB

On était dans la voiture, avec mon grand frère. Ma mère n’a pas répondu. Et mon frère, gêné de cette situation à l’extrême, a dit : « Oui, bah je crois que fais partie des plus mignonnes de ta classe ! ». J’étais en primaire. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je lui dois quand même quelque chose : c’est elle qui m’a appris qu’il faut appliquer la crème de bas en haut pour éviter les rides. Et il y a aussi ma soeur qui m’a appris à mettre du mascara selon sa technique très spéciale qui consiste à en foutre partout autour de l’oeil en formant un éventail, puis à enlever le surplus avec un coton-tige imbibé de démaquillant. C’est elle aussi qui m’a appris à déposer le mascara en faisant des zigzags.

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Assez tôt, en primaire, parce que j’avais une copine – à l’enfance plus normale que la mienne – qui m’utilisait comme une poupée. Elle me maquillait avec un crayon-fard  à paupières bleu ciel, me bouclait les cheveux et après, elle me prenait en photo. Elle me prêtait des fringues aussi, parce que j’étais habillée comme un vieux sac. C’était plus un jeu d’enfant. J’avais aussi un oncle qui travaillait chez Clarins, et il nous rapportait des monceaux et des monceaux de produits quand il venait chez nous, et c’est comme ça que le maquillage est entré dans ma vie. Je n’avais pas trop le droit de me maquiller au départ, peut-être juste du mascara à la fin du collège. Mais bon, c’était toujours des fins de séries qu’il chopait ici ou là, donc en général c’était du rouge à lèvres marron, du mascara vert… Enfin il n’y avait pas toujours le truc que tu voulais avoir. Mais on en avait des tonnes ! Du coup je n’aime pas trop Clarins aujourd’hui, alors que c’est une marque super prestigieuse. Mais ce n’est pas ce que tu aimes quand tu es ado, ça sent un peu la vieille : l’Eau Dynamisante, la Crème Jeunesse des Mains… Même si j’aime beaucoup la Jeunesse des Mains parce qu’elle est super efficace. Au lycée, j’ai commencé à avoir le droit de me maquiller, et c’était les années 2000. Donc mascara noir, crayon noir à l’intérieur de l’oeil, histoire de bien rétrécir, comme ça (elle mime de petits yeux), le gloss, très important. Après ça a été un peu chargé dans les couleurs, et maintenant je me maquille très peu.

Ton premier achat beauté ?

Ça devait être du mascara noir parce que j’en avais marre du violet ou du vert Clarins (rires). Ou quoique non, c’était peut-être une poudre, parce que j’étais très complexée par ma peau, et ce qui était important pour moi, c’était d’avoir la peau mate, mate, mate. Donc j’achetais des poudres – et j’en achète toujours – très blanches, pour avoir un teint de porcelaine, et très mat. La première, ça devait être une poudre L’Oréal acheté au Auchan de Bretigny-sur-Orge.

Ta routine soin ?

Le matin, j’ai arrêté de me laver la peau, donc je la rince juste avec de l’eau de rose, car il paraît que c’est bien pour les peaux mixtes. Ensuite j’utilise deux soins Khiel’s: le sérum Hydro-Plumping et la crème Rare Earth, qui sont super bien et font une très belle peau, mais il paraît que ce n’est pas clean du tout, donc je ne suis pas très contente parce que je me suis ruinée chez eux avant de savoir que j’étais enceinte. Le soir, je me démaquille avec la Créaline de Bioderma et je rince mon eau micellaire parce que j’ai lu quelque part qu’il fallait le faire. Ça me semble logique : j’étais contre les eaux micellaires car je ne supporte pas de nettoyer le visage sans laver à grande eau.

J’ai jeté tout mon vanity en apprenant que j’étais enceinte.

Ta routine maquillage ?

En ce moment je n’ai plus rien parce que j’ai jeté tout mon vanity en apprenant que j’étais enceinte. Je suis un peu hygiéniste. Et là, il y avait des rouges à lèvres, dont on dit qu’il faut les jeter au bout de 18 mois, et même certains 6 mois… Dans la petite dizaine que j’avais, ils étaient tous périmés. Du coup, j’ai racheté l’essentiel de l’essentiel chez Mademoiselle Bio. J’ai un mascara, un fond de teint minéral Lily Lolo, et j’ai gardé un seul rouge à lèvres : celui de la collab entre My Little Box et Rouje, avec un -j comme Jeanne Damas. Il a la même composition que les rouges à lèvres MAC, qui sont assez hydratant et font les lèvres « pleines ». J’ai aussi gardé un crayon bio brun clair pour les yeux Couleur Caramel.

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Pouvoir. Je ne me sens pas du tout emprisonnée parce que je ne me sens pas du tout obligée de me maquiller dans la vie de tous les jours. C’est aussi parce que je travaille de chez moi et que je peux me permettre de ne pas m’habiller et ne pas me maquiller. Du coup, ça décuple encore plus le pouvoir du maquillage quand tu en mets. Même si tu n’as rien à te mettre, tu mets du rouge à lèvres et tu fais : « aaaaah ouais, je suis pas si mal que ça ! ». Changer sa tête, c’est quand même un sacré pouvoir.

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

Le rouge rouge.

Tu te sens femme ?

Oui.

Tu penses que tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Certainement pas, vue la société dans laquelle on vit. Je pense que j’aurais eu plus de pression de la part de mes parents et de la société toute entière pour avoir un vrai boulot, gagner plus d’argent… Et je ne serais certainement pas petite rédactrice, auto-entrepreneure, qui bosse à la maison, ça me semble évident.

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©MLB

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Femme. J’aime mon mec et je l’admire, mais parfois je le regarde et je décèle des traits très masculins chez lui, parce qu’on est dans une société genrée à mort et que c’est un mec, et ce ne sont jamais des traits de caractère que j’admire. L’incapacité totale à communiquer, la superficialité des amitiés masculines me laisse pantoise… Ils restent des heures à jouer aux fléchettes en buvant du whisky, et quand tu leur demandes : « De quoi avez-vous parlé ? », ils te répondent qu’ils n’ont parlé de rien du tout. Et tu apprends le lendemain, en voyant une amie, qu’elle est enceinte ou qu’elle a un cancer du sein et aucun de ses potes masculins n’est au courant parce que personne ne lui a demandé comment elle allait. Mais je me rends compte que cette non-communication est sans doute le résultat de l’injonction à la virilité qui les a toujours suivis : sois fort, ne parle pas de sentiments, etc.

Je sens que je pourrais être beaucoup plus épanouie en faisant autre chose que je n’ai pas encore osé faire.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

Rien. Enfin si, j’aimerais trouver.. Je vais dire un truc horrible, mais je n’ai toujours pas trouvé ma voie à 31 ans et je sens que je pourrais être beaucoup plus épanouie en faisant autre chose que je n’ai pas encore osé faire. Monter ma boîte par exemple. Je sens que si je trouve quoi, et si je n’ai pas trop peur, je pourrai m’en sortir. Être fière de ma carrière, quoi. Après, du reste, j’ai trouvé l’amour… Oui, je divise ma vie entre ma carrière et mes amours, comme dans l’horoscope (rires).

Virilité et féminité : qu’est-ce que ça t’évoque ?

J’aime pas trop. Ce sont des prisons, et quand c’est attribué à l’autre sexe, c’est toujours péjoratif. Être féminine, ça m’évoque une page de magazine, de Femme Actuelle, avec une femme mal habillée… Je n’aime pas beaucoup ces termes.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

Des tas de choses : l’égalité salariale, la sécurité, l’égalité devant la justice, face aux tâches ménagères…

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4 commentaires

  1. Angelilie

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant et bien construit. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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