Jeanne : « Il y a trop souvent un -f devant utile »

Il est des personnes que vous appréciez avant même de les connaître. C’est ce qui s’est passé avec Jeanne. Quand je l’ai véritablement rencontrée, c’était à Cannes, à l’occasion d’un voyage presse organisé par Phyto pendant le festival. Je me souviens qu’on a parlé d’amour et d’histoires de couple jusque tard dans la nuit sur la terrasse d’un hôtel huppé. Au-delà de son amour pour l’univers de la beauté (doublé d’une passion pour les chaussures), que je partage, j’aime beaucoup sa vision des choses, de la spiritualité, de l’intuition. Je crois qu’elle fait partie des personnes avec qui je pourrais parler sans discontinuer, sans voir le temps passer, sur mille sujets différents. Je vous laisse en compagnie de cette journaliste beauté à la féminité assumée, qui refuse d’associer la futilité à l’univers des cosmétiques.

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

Elle est cash ta question pour commencer ! D’abord, c’est l’univers dans lequel je travaille et dans lequel j’ai toujours voulu bosser. J’ai toujours été hyper sensible à la beauté des femmes quand j’étais petite, à la beauté de ma maman quand elle se maquillait et se coiffait, donc c’est un truc qui est très très présent dans ma vie depuis mes 3/4 ans.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Je crois que je me la suis faite un peu toute seule puisque j’ai une maman qui se maquillait tous les jours, mais n’était pas hyper coquette. Elle a toujours été maquillée de la même manière pendant des années et je me souviens que c’est moi qui l’incitait à se maquiller plus, à teindre ses cheveux blancs, à se faire les ongles – je regrettais que ma mère ne se fasse pas les ongles. À 4 ans je lui disais : « Moi je ne serai pas comme toi quand je serai grande, j’aurai toujours les ongles manucurés, je n’aurai pas de cheveux blancs, je serai toujours maquillée ». Au final, c’est quand même pas faux, je suis restée dans ma ligne de conduite. Mais en vieillissant, j’apprends à être plus naturelle et à moins me maquiller. Aujourd’hui, je sors sans maquillage, mais ça a été un apprentissage.

Il y a des filles qui vont adorer tricoter, broder, faire du scrapbooking… Moi, je peux me faire les ongles pendant des heures et c’est un vrai plaisir.

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©MLB

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Je me souviens, petite fille, qu’une copine de ma mère me mettait du vernis à ongles. Je pense que j’avais à peine quatre ans, donc très très tôt. Et à l’époque il n’y avait pas les vernis à ongles pour enfants comme ceux que j’achète pour ma fille maintenant. D’ailleurs j’essaie de ne pas trop lui faire, de ne pas la mettre là-dedans. Petite fille, je me maquillais quand je me déguisais. Je prenais tout le maquillage de ma mère, de ma tante, de ma grand-mère… Je me rappelle très bien de son blush Bourjois qui sentait trop bon. Ensuite, assez tôt, au collège, je me suis maquillée. Parce que j’adore ça. Ce sont des gestes que j’aime faire. Souvent, quand je m’emmerdais le week-end, dans mon petit studio, quand j’étais étudiante, je me maquillais. Je pouvais passer des heures à me maquiller : je peaufinais mon smokey, juste par plaisir, quitte à tout redémaquiller après… Pour m’occuper quoi. C’est un peu mon travail manuel à moi. Il y a des filles qui vont adorer tricoter, broder, faire du scrapbooking… Moi, je peux me faire les ongles pendant des heures et c’est un vrai plaisir.

Ton premier achat beauté ?

Je ne m’en souviens pas, mais je pourrais te dire quel était mon premier craquage beauté, le truc qui m’a fait vraiment plaisir. Avec mon premier salaire de pigiste – je devais avoir 24 ans –, je suis allée chez Guerlain sur les Champs-Elysées me faire conseiller MON parfum. Ça a été un vrai moment pour moi. À l’époque, ça avait dû me coûter 150€ le parfum et c’était une somme folle quand tu sors de tes études. Ça a été le luxe pour moi d’aller m’acheter mon parfum en boutique avec l’aide d’une vraie conseillère… En plus elle m’a conseillé un parfum qui n’est plus édité maintenant, donc c’était vraiment un parfum unique, que je ne porterais pas forcément aujourd’hui mais qui correspondait bien à ce moment-là de ma vie. Je crois que ça s’appelait Quand vient l’été.

Ta routine soin ?

Première chose le matin : une brume d’eau thermale ou mieux, la Brume d’Eeau Cellulaire d’Esthederm pour réveiller la peau. J’ai une peau sèche qui a tendance à le devenir encore plus la nuit. Au réveil elle est souvent inconfortable donc je mets le sérum Minéral 89 de Vichy. Ça te repulpe la peau, ça l’hydrate, c’est comme si d’un coup, tu avais de l’eau injectée dans ta peau, donc ça donne un confort immédiat. Ensuite, sérum. Je varie beaucoup, je n’ai pas de marque attitrée. Pour la crème je suis très Clarins et Esthederm. Après je mets de l’huile, parce que ma peau tire beaucoup dans la journée. J’adore celle d’Oh My Cream. Il y en a une à la vitamine A et une aux vitamines A, C et E, j’alterne entre les deux .

Le soir, je me double démaquille. Je suis une grosse flippée de la pollution. Dans mon boulot je vois tellement de trucs affreux sur les dégâts provoqués par la pollution, le vieillissement accéléré… ça m’a déclenché une phobie. Quand je viens à moto le matin, ou quand je suis dans Paris, je pense à cette pollution qui vient m’encrasser le visage. Donc, démaquillage hyper méticuleux. J’utilise le rituel Oh My Cream, avec d’abord une huile démaquillante, puis un gel moussant, que je rince l’un et l’autre à l’eau, et j’utilise le gant Yves Rocher pour parfaire le démaquillage parce que je n’aime pas trop les cotons. Pour les yeux, j’utilise le démaquillant biphasé Respectissime La Roche Posay. S’il est tard, j’applique ensuite l’huile de nuit Midnight Recovery de Khiel’s. Si je me suis démaquillée en rentrant, comme j’ai la peau qui tiraille, je mets une crème hydratante, souvent le Baume-en-Eau à la Rose Noire de Sisley, puis l’huile au moment du coucher. Tous les week-ends, en bonne rédactrice beauté, je fais un gommage et un masque. J’utilise le gommage de Galinée qui contient des prébiotiques et rétablit l’équilibre de la flore cutanée. Je laisse poser, je retire et je passe au masque hydratant. En ce moment, le Masque Visolastine + de Biologique Recherche.

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Ta routine maquillage ?

Je commence soit par la CC Cream Erborian, soit Pure Light d’Yves Rocher que je viens de découvrir. Comme j’ai la peau sèche, les fonds de teint me donnent souvent une sensation d’inconfort, filent dans les ridules… Donc je préfère les textures hydratantes, quitte à être « dewy ». J’applique ensuite un enlumineur – en gel, jamais en poudre -, sur les bombés du visage, puis du blush en stick. Comme highlighter, j’utilise le Double Wear Highlighting Cushion Stick, et comme blush le Belle Mine n°25 de Chanel, de la collection Les Beiges. Un peu d’anticernes, mais je peux m’en passer. J’alterne entre la Touche Éclat d’Yves Saint Laurent ou le Double Wear Waterproof d’Estée Lauder. En ce qui concerne le mascara, je teste toutes les nouveautés qui passent. Celui qui m’intrigue en ce moment, c’est le nouveau Mascara Volume Effet Faux Cils The Curler d’Yves Saint Laurent. Je mets du crayon ou de l’eyeliner après le mascara, pour éviter qu’en retirant l’excédent de mascara sur la paupière, ça n’efface le trait de crayon.

Un produit qui ne te quitte jamais ?

Dans mon sac, le lundi, j’ai un rouge à lèvres, le mardi j’en ai deux, le mercredi trois, le jeudi quatre et le vendredi, cinq. J’ai toujours au moins un rouge à lèvres avec moi, et un baume à lèvres.

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

Mettre du rouge à lèvres. C’est un truc que j’ai toujours fait, que je peux faire sans me regarder mais que j’applique souvent en me servant de mon iPhone comme miroir.

Je trouve ça dingue ce qui se passe sur les réseaux sociaux, les filles qui se transforment complètement, qui se font du contouring… Pour moi c’est monstrueux.

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Pouvoir, à condition de bien savoir les utiliser. Il faut que ça serve à te mettre en valeur et pas à te transformer. Par exemple, j’ai arrêté de m’obstiner à mettre du fard à paupières foncé, de me faire un smokey de ouf… Je trouve que ça me donne plus l’air fatigué qu’autre chose. Plus je vieillis, et plus je fais light sur les yeux. Quand tu apprends à te connaître, à savoir ce qui te va, c’est un vrai pouvoir de savoir se mettre en valeur, naturellement, de façon légère. Je trouve ça dingue ce qui se passe sur les réseaux sociaux, les filles qui se transforment complètement, qui se font du contouring… Pour moi c’est monstrueux, ça ne me correspond pas du tout et ça me fait de la peine quand je vois des filles surmaquillées dans la rue. Je me dis : « Toi tu dois être tellement jolie au réveil ! ». À mon avis, les filles commencent à s’emprisonner là-dedans.

Tu te sens femme ?

Oui. 100%. Je n’aurais pas pu être un mec. Je suis hyper contente d’être une fille. J’ai un petit garçon qui s’intéresse vachement au maquillage, à ce qui est beau, aux bijoux, c’est lui qui choisit mon rouge à lèvres le matin… Il est très attentif à ça et d’un côté je suis contente de le rendre esthète, de l’autre j’ai peur qu’il ait une trop grande part de féminin et qu’il ait du mal à gérer ça plus tard. Avec ma fille aussi je fais attention, je ne veux pas la transformer en petite poupée.

On naît femme ou on le devient ?

On naît fille, et devient femme petit à petit, en développant ses goûts, un esthétisme… J’ai toujours été une petite fille très fille, je hurlais si ma mère voulait me mettre un pantalon, j’avais sept amoureux qui me couraient après dans la cour de maternelle… En fait je ne me sens toujours pas femme, dans ma tête j’ai douze ans. D’ailleurs ça a été compliqué pour moi quand j’ai eu mon premier enfant. Je me rappelle, j’étais chez mes parents qui m’aidaient un peu parce que j’étais complètement larguée, et j’étais la petite fille de mes parents tout en étant la maman de ce petit garçon, c’était perturbant ! J’ai eu du mal à me situer. J’ai 36 ans, un mari, deux enfants, un vrai métier, mais je ne me suis pas encore sentie femme, je ne me sens pas crédible en tant que femme. Je me vois encore comme une petite fille qui regarde les femmes de 40-45 ans qui sont belles et je me projette encore en elle.

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Tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Professionnel, non, parce que c’est un milieu trop fermé pour les hommes. Et dans la vie… J’aurais peut-être eu plus confiance en moi. Je pense que les hommes se posent trois fois moins de questions sur leur légitimité à être à un endroit, à postuler à un emploi, à pousser les portes… En étant un homme j’aurais peut-être eu une vie professionnelle avec plus de responsabilités, des choses que je n’ai pas encore assumées aujourd’hui. Pourtant on a un vrai pouvoir face aux hommes en tant que femmes : on a une douceur, une intuition… Mais je trouve que les mères donnent plus confiance en eux aux petits garçons qu’aux petites filles. Peut-être que je vais faire la même chose avec mes enfants sans m’en rendre compte.

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Je serais restée fille. C’est un univers que j’aime, j’adore la féminité, j’adore regarder les femmes féminines, je regarde toujours comment les filles sont habillées, par pour les juger mais pour m’en inspirer.

La féminité, pour moi, c’est du raffinement, le sens du détail, le petit rappel de couleur… C’est une délicatesse, vis-à-vis de soi et des autres.

Virilité et féminité : qu’est-ce que ça t’évoque ?

Je crois qu’un homme peut être très féminin tout en restant viril, au contraire, ça lui apporte une certaine virilité de mieux comprendre les femmes, de se mettre à notre place, à notre portée… Se pencher plus sur notre cas. C’est marrant cette expression, « se pencher », comme si on était en bas. La féminité, pour moi, c’est du raffinement, le sens du détail, le petit rappel de couleur… C’est une délicatesse, vis-à-vis de soi et des autres.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

J’aimerais pouvoir marcher en talons sans avoir mal. Après c’est un peu anecdotique comme réponse… Non mais pourquoi pas, parce qu’en escarpins tu prends de la hauteur, tu te tiens plus droite, ça donne vachement d’assurance. De toute façon je manque d’assurance dans la vie, je manque d’assurance en tant que femme.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

Je voudrais qu’on ait moins ce regard condescendant sur les femmes, sur leur coquetterie futile. J’aimerais bien qu’on nous prenne moins pour des petites choses fragiles et futiles, surtout dans l’univers de la beauté. C’est quand même génial de pouvoir donner au quotidien des conseils  à des femmes qui sont très en demande. En fait on fait un métier utile. Il y a trop souvent le -f devant ‘utile’.

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