Aurélie ou l’allégresse

Enjouée, Aurélie éclaire de sa présence solaire les cafés et terrasse et les soirées arrosées. Elle s’assied, un large sourire aux lèvres qui fait plisser ses yeux verts et froncer son nez. S’enquiert des nouvelles. Raconte son dernier tournage, qui l’a conduite dans le sud de la France à la rencontre d’une ancienne assistante de direction reconvertie en éleveuse de chèvres, à Dunkerque pour y couvrir le carnaval ou à Dax, où elle a suivi les ferias. Elle a dormi 3h par nuit pendant une semaine, est rentrée à Paris la veille, mais rien n’entame sa bonne humeur. Évoque la dernière enquête qu’elle a dévoré, les sujets sur lesquels elle aimerait bien travailler. Comme elle le dit un peu plus bas, Aurélie regrette de voir les journalistes hommes systématiquement envoyés sur des sujets « urgences » (suivi des pompiers ou des policiers en intervention) et les femmes sur ceux qui traitent des « mamans » (famille nombreuse, grossesse…). Je ne doute pas une seconde qu’elle saura faire évoluer les choses sur son passage.

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

Pour moi, c’est quand tu es toi en mieux. Tu es naturelle, tu es bien, mais avec une petite touche en plus, qui n’est pas forcément du maquillage : une jolie coupe, une démarche pleine d’assurance, un jean qui nous va bien…

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Oui. J’ai une mamie très coquette, jamais sans son rouge à lèvres. Elle était vendeuse en charcuterie et elle était toujours bien apprêtée pour les clients. Ma mère également, mais de manière plus discrète.  Par exemple, quand elle oublie ses boucles d’oreille, elle a l’impression d’être toute nue. Les femmes de ma famille ont toujours pris soin d’elles.

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Je pense que j’avais 12/13. Au début je piquais les rouges à lèvres de ma mère et j’essayais de me maquiller d’une manière que j’estimais sophistiquée. Avec ma cousine, en vacances, on avait acheté des mascaras pour les cheveux. Au marché d’Hossegor, l’été, on achetait des palettes de maquillage. Elle prenait du violet pour les yeux, moi du bleu turquoise, le truc affreux. On se trouvait super féminines, mais quand tu revois les photos…

Ton premier achat beauté ?

La palette de bleus au marché d’Hossegor, ignoble, le truc qui ne va à personne.

Ta routine soin ?

Je ne suis pas du tout du matin, donc je repousse le réveil au maximum. Du coup, ma routine soin est assez rapide. Je m’asperge le visage avec de l’eau froide, puis je le lave avec le gel Cleanance. Je mets des crèmes de jour depuis peu, parce que je commence à voir les apparitions du temps. J’ai eu le Baume-en-Eau à la Rose Noire de Sisley, puis une crème Biotherm, de la gamme Aquasource, parce que j’aime bien tout ce qui a un rapport avec la mer,  et là j’ai une crème Avène. J’ai aussi acheté mon premier contour des yeux, de la marque Natura Siberica. Ce ne sont pas les petites ridules d’expression qui me gênent, mais plus les valises sous les yeux liées au rythme des tournages. Le soir je me démaquille avec Cleanance. Il me pique moins les yeux que tous les autres démaquillants que j’ai pu tester. Je mets ma crème de jour en guise de crème de nuit et mon contour des yeux.

Ta routine maquillage ?

J’utilise une poudre Monoprix, un correcteur si j’ai un bouton, mais jamais de fond de teint. Ensuite je passe au trait d’eyeliner, que j’ai toujours du mal à faire d’ailleurs : je m’y prends à plusieurs fois, il y a toujours un œil que j’arrive moins bien à maquiller que l’autre… Et du mascara. Si je sors, je mets du crayon violet pour souligner mes yeux verts et un peu de rouge à lèvres.

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

J’ai bien confiance en moi quand je suis un peu maquillée, parce que je me dis que je donne à voir « la meilleure version de moi-même », et quand mes cheveux sont soignés. J’ai les cheveux bouclés et ils sont très durs à entretenir.

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© MLB

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Un peu des deux. C’est une prison dans la mesure où le maquillage est tellement répandu que quand toi tu n’en portes pas, ça te donne mauvaise mine. Et le pouvoir de se donner confiance en soi : on n’est pas tous nés avec le beau visage que certains peuvent avoir.

Tu te sens femme ?

Oui. De par ce qu’on m’a transmis de vision de la femme. On m’a toujours dit : « Il faut que tu sois indépendante, il faut que tu te battes »… Je me sens femme parce qu’on m’a transmis aussi une certaine vision de la beauté. Entre un père et son fils, il n’y a pas ce rituel de regarder l’autre se maquiller le matin, de mettre de la crème… Je ne veux pas compartimenter, mais je me sens femme de par ce qu’on m’a légué. Et aussi de par les combats d’aujourd’hui, dans lesquels je me reconnais.

Je n’ai pas de potes mecs qui s’écrivent entre eux parce qu’ils sont bien rentrés !

On naît femme ou on le devient ?

Je pense qu’on le devient, c’est la société qui nous conditionne. Quand on part de soirée avec des copines, on s’oblige à s’écrire pour se dire qu’on est bien rentrées ; à l’inverse, je n’ai pas de potes mecs qui s’écrivent entre eux parce qu’ils sont bien rentrés ! Là je ne parle que des aspects négatifs, mais… on devient aussi femme à travers la maternité je pense. Je ne dis pas ça pour jeter la pierre à celles qui n’en veulent pas bien sûr !

Tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Oui, je pense, mais peut-être pas dans le choix des sujets. Peut-être qu’on serait plus enclin à m’envoyer à l’étranger, sur des sujets  « flics » ou « pompiers » justement… Dans l’éducation aussi, je n’ai pas eu de barrière, j’ai pu faire ce que je voulais.

Virilité et féminité : qu’est-ce que ça t’évoque ?

C’est stigmatisant. Pour être un homme, il faut avoir des poils, être grand et avoir une grosse carrure, et pour être une femme, il faut avoir des talons, être blonde, pimpante, avoir du blush et du vernis. Alors qu’un mec tout mignon avec sa copine, pour moi, c’est viril. Et une fille, dans la rue, pas apprêtée, qui s’assume, peut être très féminine.

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Femme, ne serait-ce que pour porter la vie. On entend toujours ça dans les films, ça a l’air fabuleux. Mais si ça se trouve ce sera horrible et je dirai : « J’aurais préféré être un homme ! ».

Quand on me demande comment je me vois dans 10 ans, c’est avec une famille.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

Pour l’instant, un mec et un enfant. Je serai vraiment épanouie dans ma place de femme – je parle pour moi hein – quand je serai bien en couple et que j’aurai des enfants. Quand on me demande comment je me vois dans 10 ans, c’est avec une famille. Depuis que je suis petite… Je m’imaginais maman jeune, donc oui, j’ai envie de ça.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

L’égalité salariale, déjà. À en écouter certains, on est arrivé au bout du féminisme, alors qu’il y a encore plein de combats à mener. Dans mon métier, il y a quelque chose qui m’agace. Je suis journaliste, et quand il y a des sujets un peu « urgences », sur les pompiers ou les flics, on envoie un mec, et sur des sujets « grossesse » ou « famille nombreuse », on envoie des femmes. C’est dommage, parce qu’il y a plein de très bonnes JRI (journaliste reporter d’images) qui auraient adoré partir sur des sujets qu’on confie naturellement à des hommes.

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© MLB

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