Helena Soubeyrand interview genre

Helena Soubeyrand : « On porte un corset artificiel »

Artiste aux mille facettes, Helena Soubeyrand dessine, écrit, joue la comédie, façonne des bijoux… Si elle a longtemps cloisonné ses diverses passions, elle est arrivée aujourd’hui à un constat qui nourrit sa création, dans quelque domaine que ce soit : inutile de renoncer à l’un au profit de l’autre, c’est au contraire en se télescopant que ses champs d’expression démultiplient l’inspiration. Après avoir joué dans de grosses productions (Taken, Borgia), elle a renoué l’année dernière avec un plaisir trop longtemps mis de côté. Helena a toujours adoré dessiner, et excelle dans l’art… ambidextre. Pour la voir faire, allez faire un tour sur son compte Instagram. Les visages dessinés à(ux) main(s) levée(s) prennent vie sous ses doigts experts, avant d’être adaptés, pour certains d’entre eux, en boucles d’oreille. Depuis peu, elle planche sur un scénario qui lui donnera bientôt l’occasion de passer derrière la caméra. Rencontre avec une femme qui a su faire taire ses peurs.

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

Quelque chose de singulier, qui accroche. Une personne peut être belle de par sa bienveillance, ce n’est pas forcément esthétique.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Oui, qui était un petit peu erronée je pense, parce que c’était celle de la génération de nos mères qui se prenaient énormément la tête sur le poids. Et comme beaucoup de femmes, j’ai longtemps associé la beauté à la minceur. J’essaie vraiment de m’en détacher parce que c’est un corset artificiel. On se moque des femmes qui en portaient, mais on fait exactement la même chose en s’empêchant de manger ; c’est une autre sorte de corset.

Helena Soubeyrand

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Assez tôt parce que ma mère avait plein de pinceaux, et j’ai toujours adoré ça. Plus le temps passe, moins je me maquille, mais adolescente je me maquillais comme un passeport volé. J’aimais beaucoup l’odeur des poudres, en particulier celles de ma grand-mère. J’ai eu des femmes très féminines dans ma famille.

Ton premier achat beauté ?

Je crois que c’était un vernis nacré, dont c’était la mode. Ça me fascinait.

Ta routine soin ?

Je me nettoie le visage avec le Gel Doux Nettoyant aux Résines Tropicales de Sisley, ensuite j’applique le Double Serum de Clarins, et je mets une crème qui s’appelle Pur Aloe.

Ta routine maquillage ?

Une crème teintée Nars, Phyto-Cernes Éclat de Sisley, un baume à lèvres qui me sert aussi de blush et un mascara Laura Mercier.

Un produit qui ne te quitte jamais ?

Le lip balm Strawberry de Smith’s. Je m’en sers pour tout : comme fard à paupières, comme baume à lèvres, comme highlighter, comme hydratant…

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

L’anti-cernes. Je trouve que c’est la chance des filles. Je sais que même si j’ai fait la fête, même si je n’ai pas dormi, même si je suis fatiguée, je pourrai planquer et avoir l’air frais et dispos. Et on est dans une société où c’est important.

On est parfois emprisonnées dans ce carcan de perfection que les femmes subissent.

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Ça a le pouvoir de donner confiance en toi, mais malheureusement, on est parfois emprisonnée dans ce carcan de perfection que les femmes subissent. On l’a depuis toujours, on n’a pas encore réussi à s’en débarrasser.

Tu te sens femme ?

Oui je crois. J’aime beaucoup les filles, j’ai beaucoup d’amies filles. J’aime être une femme dans ce rapport de solidarité féminine, dans cette entraide, dans cet échange. On a une empathie directe entre nous, les hommes n’ont pas forcément ça.

Portrait Helena Soubeyrand

On naît femme ou on le devient ?

Je pense qu’on naît femme. Après… J’écris en ce moment, et je veille à une chose : ce n’est pas parce que le personnage principal est une femme que ça parle des femmes. Je le dis dans ma note d’intention, l’histoire est universelle et concerne aussi les hommes. Je pense qu’on naît femme, puis qu’on devient la femme qu’on veut être.

Je réalise que j’ai mis du temps à écrire et à montrer mon travail parce que dans ma tête, si je n’étais pas un homme considéré et d’un certain âge, je n’allais pas être entendue.

Tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Non. Le parcours familial joue énormément dans ton parcours, de par tes blessures ou de par tes croyances, et je n’aurais pas eu les mêmes si j’avais été un garçon. Petite, j’avais un besoin de reconnaissance dû à un manque d’attention qui n’aurait peut-être pas eu les mêmes conséquences si j’avais été un homme. Peut-être que je m’en serais foutue. Et je n’aurais sans doute pas fait ces choix professionnels. J’aurais aussi peut-être moins eu peur. Je réalise que j’ai mis du temps à écrire et à montrer mon travail parce que dans ma tête, si je n’étais pas un homme considéré et d’un certain âge, je n’allais pas être entendue.

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Femme. Je ne regrette pas une seconde. Déjà pour cette solidarité dont je parlais, et puis pour la procréation. On a été désignées par la nature comme étant responsables de la survie de la planète quand même ! (rires) Je sais que le vivrai un jour, et rien que pour ça…

Helena Soubeyrand - MLB

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

Un lâcher prise sur la coquetterie, sur le fait de devoir toujours être jolie, pimpante… J’y travaille. C’est d’autant plus dur en tant qu’actrice.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

J’aimerais que, dès qu’une femme fait quelque chose de remarquable, on ne mentionne plus que c’est une femme. Maintenant on arrive à ne plus avoir besoin de préciser, quand une personne accomplit des choses extraordinaires – comme devenir Président de la République – que c’est une personne de couleur, et j’aimerais bien qu’on puisse en faire de même pour les femmes. Que l’on n’ait plus besoin de dire « une femme Premier ministre » ; que ce ne soit plus un sujet. Mais il va encore falloir attendre encore un peu.

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