Sophie, la féminité « avec un peu de masculinité »

Sophie avait imaginé des ébauches de réponses à ce questionnaire, et même pris des notes, pour avoir un discours carré le jour où l’on s’est vues. Finalement, la spontanéité vaut mille préparations : j’ai adoré l’écouter dérouler ses pensées, se laisser emporter par leur flot, et même parfois se perdre… Pour toujours revenir à une phrase percutante. Sa vision de la beauté, Sophie l’attribue à sa mère et ses deux grands-mères. De leur rituels, elle ne garde que l’admiration éprouvée enfant, pas la régularité : « Petit à petit, j’apprends à me décomplexer. Il y a des moments où je ne mets plus du tout de maquillage pour sortir et je me sens bien aussi », m’a-t-elle dit. À une époque où l’injonction à la perfection se glisse dans tous les recoins du quotidien, ça demande du courage. La beauté, pour Sophie, s’apparente aussi aux traces de vécu que conserve le corps. Ainsi, les personnes « portent leur âme sur elle ». Je vous laisse découvrir les réponses au questionnaire d’une « femme qui se sent bien dans la peau d’une femme, mais d’une femme avec un peu de masculinité ».

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

C’est super vaste… C’est en rapport avec le respect de soi et la confiance en soi. C’est plus en terme de comportement que de façade. C’est prendre soin de soi aussi. Je me dis que la beauté s’apparente à l’imperfection : des dents pas alignées, trop écartées, des cicatrices… Les premières rides, ce qui traduit ton expérience. J’aime bien l’idée que le corps garde une trace du vécu. Les personnes âgées, je les trouve très belles. Elles portent leur âme sur elles.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

La première personne à me l’avoir transmise, c’est ma mère, que j’observais se maquiller dans le miroir. J’ai un souvenir très fort de quand elle se mettait du mascara parce qu’elle n’ouvrait pas la bouche ; je trouvais ça super chelou qu’elle réussisse à la garder fermée alors que quand je l’imitais, j’en étais incapable.

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Elle est assez coquette, même si elle ne sait pas trop utiliser les couleurs (rires). Il y a eu mes grands-mères aussi, très différentes. L’une passait des heures à se mettre des rouleaux dans les cheveux et s’est fait ses colorations elle-même, jusque tard. L’autre avait une multitude de paires de chaussures. Elle adorait les chaussures à talons. Elle se faisait un contour des lèvres plus foncé, comme ça se faisait à l’époque, et travaillait beaucoup les sourcils et le mascara. Je reste marquée par les odeurs de maquillage, celle du rouge à lèvres notamment. Je me souviens aussi du regard de mon père sur ma mère quand elle se faisait belle pour sortir, c’était un moment joyeux.

Petit à petit, j’apprends à me décomplexer. Il y a des moments où je ne mets plus du tout de maquillage pour sortir et je me sens bien aussi.

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Assez tôt parce que je faisais des spectacles de danse. On nous mettait du fard à joues, et beaucoup pour que ça se voie de loin (rires). J’ai le souvenir d’un spectacle où la prof avait vraiment insisté sur l’importance du fond de teint. Ma mère nous avait maquillées avec trois copines avant le spectacle, on avait le visage orange-marron. Mais je me souviens que j’y prenais vachement plaisir, parce que ça faisait partie du show. J’ai commencé à me maquiller assez tôt, au collège, avec du mascara et du crayon. Petit à petit, j’apprends à me décomplexer. Il y a des moments où je ne mets plus du tout de maquillage pour sortir et je me sens bien aussi, je ne me sens pas moche. Le naturel a son charme aussi.

Ton premier achat beauté ?

Ça devait être un gloss Monoprix, en 5e. Je le portais beaucoup en grandes vacances (rires).

Ta routine soin ?

Ça dépend beaucoup de mon humeur.  Je réveille mon visage à l’eau fraîche, puis je mets de la crème autour des yeux (la Sisleÿa), et le Baume-en-Eau à la Rose Noire. Les matins où je me lave les cheveux, je mets un peu d’Huile Prodigieuse sur les longueurs. Il y a eu une période où je me démaquillais à l’huile d’olive, en ce moment j’utilise l’Eau Efficace.

Ta routine maquillage ?

J’applique mon anti-cernes Sisley et je le fonds avec un blender en mousse. Ensuite je tapote l’enlumineur Wonderful Cushion de Sephora sur mon visage et j’ajoute un peu de blush crème effet bonne mine. Sur les yeux je mets le mascara Great Open Eyes et un crayon noir Bourjois. J’ai récupéré une habitude un peu dégueu de ma mère qui, pour bien mettre en valeur son mascara, lèche ses doigts et les applique sur ses cils en les recourbant. Ça permet de bien les figer. Et parfois je mets du rouge à lèvres, quand je suis très bonne humeur !

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Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

Quand je mets du rouge à lèvres, j’ai l’impression d’être plus lumineuse. Quand je mets du fard à paupières aussi, parce que mon regard est plus souligné.

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Ça c’est chaud… C’est un peu les deux. Il ne faut pas s’enfermer dans un diktat du maquillage quotidien, qui fait que tu ne peux plus sortir sans. Mais pouvoir, parce que ça peut te donner confiance en toi et parce que ça reflète ton humeur, donc ça peut déterminer la journée que tu vas passer.

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Tu te sens femme ?

Ça dépend des moments. Oui, il y a des moments où je me sens très femme : quand je me maquille, quand je m’habille pour sortir, quand je me coiffe… Mais je peux me sentir aussi très femme quand je ne suis pas maquillée, que j’ai les cheveux en pétard ou pas envie de mettre de soutif. Et il y a des moments où je me sens plus masculine que féminine.

Virilité et féminité : qu’est-ce que ça t’évoque ?

Pour moi ce n’est pas lié au sexe. Tu peux apprendre la féminité en tant qu’homme, tu peux avoir des côtés masculins en tant que femme.

Tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Non. Malheureusement, on est toujours dans une société où les codes de genre sont très présents. Ça commence à bouger, mais pour notre génération… On a grandi dans un monde d’hommes fait pour les hommes. Je n’aurais pas eu les mêmes jouets, j’aurais sans doute été inscrite à un club de foot plutôt qu’à la danse. On donne plus la notion d’affirmation aux petits garçons qu’aux petites filles. J’aurais peut-être eu plus de confiance en moi et plus pu m’affirmer.

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On naît femme ou on le devient ?

On le devient. On récupère des codes qui nous plaisent et on se les approprie.

Je me sens bien dans la peau d’une femme, mais dans la peau d’une femme avec un peu de masculinité.

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Je me sens bien dans la peau d’une femme, mais dans la peau d’une femme avec un peu de masculinité.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

J’ai envie de dire un enfant, même si je sais que ce n’est pas pour tout de suite. Je pense que si je n’en avais pas dans ma vie de femme, ce serait un problème. J’ai envie de transmettre quelque chose. Et puis un enfant n’est pas là que pour ton plaisir égoïste, il est là pour te faire grandir aussi.  Les parents sont là pour t’éduquer, mais toi tu es aussi là pour leur apprendre des choses. Ça va dans les deux sens.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

L’égalité des salaires, bien sûr, plus de respect – je pense au harcèlement. En ce moment je vois pas mal de choses passer sur le manterrupting (le fait qu’un homme coupe de manière répétée et injustifiée la parole à une femme, ndlr) on a encore du boulot à faire là-dessus.

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