À Amélie, rien d’impossible

Ce qui frappe en premier lieu chez Amélie, c’est son calme et sa lucidité. Un recul sur les choses, une capacité d’analyse qui lui donnent cette autorité naturelle plutôt rare. J’ai commencé à travailler avec elle il y a cinq ans. Il y a eu beaucoup de fous rires pendant les trois ans où on partagé la même rédaction. C’est grâce à elle que je me suis tournée vers le journalisme beauté. J’ai toujours aimé les cosmétiques et l’écriture, mais il ne m’était jamais venu à l’idée qu’on pouvait les conjuguer. C’est en la voyant faire que je l’ai réalisé, et que ça m’a donné envie. Elle m’a introduite auprès de ses connaissances, m’a guidée. Donc, à bien y réfléchir, je ne suis pas sûre qu’Une touche existerait si je ne l’avais pas rencontrée. (On peut ranger les mouchoirs)

Son regard sur ce qui l’entoure est aiguisé. Ses convictions chevillées au corps. C’est sans doute lié à son éducation, la même qui lui fait dire aujourd’hui : « Je ne me suis jamais sentie incapable de faire quoi que ce soit parce que j’étais une femme ». Pour Amélie, la beauté se cache dans les détails. Mais ce qui prime, c’est le bon goût. C’est ce qui, en partie, la définit.

Beauté : qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

Oh la la. Beauté…  Il y a la beauté qui nous entoure,  ce qu’on voit, ce qui fait du bien aux yeux. L’autre jour, j’étais dans la cour carrée du Louvre, et il y a une espèce de symétrie, de perfection, d’harmonie dans tout ce qui est là, qui fait du bien aux yeux. Et puis il y a la beauté chez quelqu’un et là, le diable se cache dans les détails. Une femme ou un homme que je trouve beau, mais qui ne va pas avoir les ongles nets, bien entretenus, ça va me dégoûter. Je ne peux pas trouver quelqu’un beau s’il y a un détail rédhibitoire comme ça.

La beauté physique n’a jamais eu tellement d’importance dans ma famille. Ce qui comptait davantage, c’était d’avoir du goût.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Pas vraiment, la beauté physique n’a jamais eu tellement d’importance dans ma famille. Tout ce qui comptait pour ma mère c’était qu’avec mon frère on lise des livres (ce que je ne faisais pas) et aussi que je sois mince (ce n’était pas le cas non plus). En revanche, ce qui comptait davantage, c’était d’avoir du goût. Mon père m’a beaucoup transmis sur ce point. Avoir du goût pour s’habiller, pour arranger son lieu de vie… Il m’a appris très tôt à m’habiller, accorder les couleurs, ne pas mélanger les imprimés…

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

Très jeune. Je me rappelle que quand j’étais en maternelle, je mettais du gel dans les cheveux. J’en piquais dans le pot de mon père et j’en mettais sur ma frange pour faire une sorte de minivague hyper années 90 comme dans Beverly Hills. Pour ce qui est du maquillage, plusieurs femmes de ma famille étaient abonnées à Yves Rocher. Une fois, je suis tombée sur des rouges à lèvres minuscules dans la chambre d’ado de ma tante chez ma grand-mère. Mon préféré, c’était Corail Givré, un rose pâle irisé, je trouvais ça génial. Je devais avoir 6 ans. J’ai passé un palier supérieur une fois pré-ado vers 12 ans. Je passais énormément de temps avec ma cousine Marina. Je me rappelle d’une après-midi où on avait trouvé dans un magazine des recettes pour faire des masques maison avec du yaourt et des flocons d’avoine, on avait repeint sa chambre, c’était monstrueux (rires). C’est aussi avec elle que j’ai appris à me maquiller.

img_5146

Ton premier achat beauté ?

Peut-être un crayon blanc pour faire un trait de liner blanc. Ma cousine Marina faisait ça, j’avais eu très envie de faire pareil.

Ta routine soin ?

Ma routine soin, elle est pas rigolote. Tu n’es pas sans savoir que j’ai eu des problèmes de peau. Je n’ai jamais eu d’acné jusqu’à mes 27/28 ans, où j’ai eu de l’acné rosacée. Je ne peux plus rien mettre sur ma peau, en tout cas rien qui contient de l’alcool, donc je fais très attention aux produits que j’utilise. J’ai été hyper surprise de voir qu’il y a de l’alcool dans plein de produits censés être pour les peaux réactives ou sensibles. Le matin, je vaporise de l’eau thermale d’Avène sur mon visage et je mets une crème hydratante légère anti-rougeurs bio à l’eau thermale de Jonzac. Le soir je me démaquille avec un lait bio également anti-rougeurs Jonzac, je masse délicatement avec les doigts et j’enlève le produit avec des cotons spéciaux pour les fesses des bébés (rires). C’est beaucoup plus fin que du coton, ça ressemble à des compresses. Ensuite à nouveau le brumisateur, et je termine par une crème très riche, comme la Crème Réparatrice de Sisley ou même Cicalfate d’Avène en hiver. Je ne peux faire ni gommage ni masque, ma peau ne supporte pas. Je la sollicite le moins possible.

Ta routine maquillage ?

Je me maquille beaucoup moins qu’avant. Je me concentre vraiment sur le teint et les yeux – et les sourcils, c’est hyper important, c’est un peu ma fixette. Une fois que j’ai hydraté ma peau, je mets un peu de fond de teint correcteur fluide très couvrant Tolériane que j’étale seulement sur les pommettes, là où j’ai des rougeurs. Après je mets un anti-cernes fluide, Healthy Mix de Bourjois, puis une poudre libre translucide Prisme de Givenchy. J’utilise toujours un recourbe-cils avant le mascara. J’adore le So Curl de Sisley qui fortifie les cils en plus de les maquiller. J’épaissis mes sourcils au crayon et je termine par une poudre bronzante Clarins ou Liérac. Quand je suis fatiguée, je me maquille plus. Je mets du crayon au coin externe de l’œil et je floute un peu, et parfois du rouge à lèvres.

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

Quand je mets du rouge à lèvres, parce que ça donne un air plus affirmé. Et on me dit que ça fait ressortir mes yeux.

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Pouvoir. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas une prison, si on n’a pas envie d’en mettre on n’en met pas. Alors ok, la pression de la société, etc… Mais la société n’est pas dans ma salle de bain le matin à me mettre le couteau sous la gorge pour que je me maquille (rires). Je me rends compte, aussi, du pouvoir que le maquillage a sur notre propre humeur. Quand on est un peu déprimée, on force un peu plus le trait et ça va tout de suite mieux (rires).

Tu te sens femme ?

Alors ça c’est la question… oui. On peut partir dans des débats philosophiques sur ce que c’est qu’être femme, mais oui, je me sens femme. À quoi c’est lié, je n’en sais rien.

On naît femme ou on le devient ?

Quand on voit à quel point cela peut être plus compliqué pour une femme de se faire la place qu’elle souhaite dans la société … J’imagine que oui, on naît femme. Pour le dire autrement : quand on arrive sur cette terre et qu’on n’est pas un homme, ça se ressent assez rapidement et c’est encore plus vrai dans certains pays du monde. Après, pour ce qui est de devenir une femme bien dans ses baskets, c’est un travail qui peut durer toute la vie et je pense qu’il y a des femmes qui n’y arrivent jamais, malheureusement.

Je ne me suis jamais sentie incapable de faire quoi que ce soit parce que j’étais une femme.

Tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Oui. Là-dessus, je remercie mes parents. Je ne me suis jamais sentie incapable de faire quoi que ce soit parce que j’étais une femme. J’ai un grand frère qui n’a jamais été l’archétype du petit garçon qui joue avec des armes et qui se bagarre, de la même manière j’ai toujours été une fille avec un petit côté masculin qui aimait bien les voitures. Nos parents nous ont laissés être ce qu’on voulait, faire ce qu’on voulait. Je pense que si j’avais été un garçon, il n’y aurait pas eu grand-chose de différent. Ce qui aurait été différent, c’est si j’avais été bonne en maths ou si j’avais eu l’esprit de compétition par exemple. Quand on inculque l’esprit de compétition à ses enfants, ça leur fait avoir un parcours complètement différent je pense. Chez moi, c’était « fais comme tu peux, fais comme tu veux ».

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Ce que je viens de dire appelle forcément la réponse « femme ». Pour moi, ça ne définit en rien ce que je suis devenue. Il n’y a rien qui me paraît hors de ma portée parce que je suis une femme.

Virilité et féminité : qu’est-ce que ça t’évoque ?

Ça m’évoque des gros clichés qui font du tort à tout le monde. De la même manière qu’il y a des clichés sur la féminité, il y a des clichés sur la virilité. Un homme doit être taillé en V, avoir la mâchoire carrée, taire ses émotions et se battre dans la rue sans rechigner. On attend des gens qu’ils répondent à ces modèles, parce que ça met Monsieur et Madame Michu à l’aise. Une femme qui aime faire les soldes et un homme qui fait des blagues lourdingues : ouf, on connait, RAS ! En gros, je vois ça comme une simple occasion de décevoir la société et/ou sa famille si on n’y répond pas. C’est triste !

img_5078

Ce qui me manque, ce serait un monde où l’horloge biologique ne serait plus un problème.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

Pas grand-chose. Peut-être plus de temps. Comme le disait Clémence, la question de l’horloge biologique est un vrai problème parce que c’est la source de beaucoup d’inégalités sociales qui peuvent exister entre les hommes et les femmes. Si un homme a envie de faire sa vie à 45 ans, ça le regarde. Une femme, si elle veut faire sa vie à 45 ans, c’est quand même un autre délire. Le fait que le congé paternité ne soit pas le même que pour les femmes… Des hommes disent : « Moi je ne prends pas mon congé paternité parce que je gagne plus que ma femme, alors ce serait idiot que ce soit elle qui continue à travailler et moi qui m’arrête ». Mais la question ne devrait pas se poser, si tout le monde gagnait la même chose, à tout point de vue… Donc ce qui me manque, ce serait un monde où l’horloge biologique ne serait plus un problème.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

Qu’il y ait moins d’inégalités salariales, sociales… Qu’on ne soit pas obligée de se dire « parce que je suis une femme, il va falloir que je pense ma carrière différemment et que je m’organise ». Non, il faut que les hommes aussi s’organisent, tout le monde doit faire un effort.

Un commentaire

Laisser un commentaire