Claudine ou l’instinct maternel

Claudine se définit avant tout comme une mère. Elle aime à rappeler qu’à 26 ans, elle avait déjà eu quatre enfants. Mais elle n’a pas aimé que les siens : nourrice, elle a tissé des liens forts avec ceux qu’elle a gardés. Elle aurait aimé être couturière, mais il était rare, à son époque, qu’une femme puisse suivre ses rêves. Si elle ne se sent pas à l’aise avec le maquillage, elle n’a jamais fait d’infidélité à sa première crème achetée à 15 ans : la Nivea.

Beauté : ça veut dire quoi pour toi?

Quelqu’un qui s’embellit, je trouve ça très bien. À mon âge, non, mais pour quelqu’un de plus jeune, c’est bien. Mais c’est inné, la beauté, on naît belle ou pas belle.

On t’a transmis une vision de la beauté ?

Jamais. Je ne connais pas ça, et parfois je ne m’aime plus. Je me trouve minable, je ne m’aime plus ! Il y a des gens qui se sentent bien dans leur peau, mais moi je ne me sens pas bien dans ma peau du tout. Depuis quelque temps, je ne me sens pas bien.

Et pour les produits de beauté ?

Ah ça, c’est moi. Je n’ai pas reçu de conseil de ma mère, ou d’une tante…

À quel âge les produits de beauté sont entrés dans ta vie ?

J’avais 15 ans quand j’ai commencé à me mettre de la crème, de la Nivea. Et je l’utilise toujours !

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Les produits de beauté de Claudine ©MLB

Je me lave avec du savon et je mets de la crème Nivea. Je n’ai jamais mis de crème anti-rides.

Quels ont été tes premiers achats beauté ?

Ma crème Nivea, et un rouge à lèvres je pense.

Tu as une routine soin ?

Rien ! Je me lave avec du savon et je mets de la crème Nivea. Je n’ai jamais mis de crème anti-rides.

Et ta routine maquillage ?

Je mets un peu de rose à joues, c’est tout ! Parfois un peu de poudre avec la houpette, là, et rien de plus. L’autre jour je me suis un peu épilé les sourcils, j’ai mis un petit peu de crayon… J’ai du mascara, mais je ne peux même pas en mettre, j’ai toujours peur de m’en mettre dans les yeux. Je ne sais pas me maquiller.

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Claudine ©MLB

Une mise en beauté qui te donne confiance en toi ?

J’enlève mes poils au menton. Ça fait vraiment vieille bonne femme ! J’ai des petits poils blancs qui commencent à pousser, c’est pas beau hein. Toi t’en as pas, si ? Là par exemple, comme on va au restaurant tout à l’heure, je l’ai fait. De savoir que quelqu’un à côté de moi pourrait voir tous ces poils… C’est pas beau !

Cosmétiques : prison ou pouvoir ?

Pour moi c’est presque une prison. Je ne me sens pas moi avec tous ces trucs là. Pour quelqu’un qui est plus jeune, oui, je ne suis pas contre ça. Moi j’aime le simple, ce qui naturel, je n’aime pas l’artificiel.

Tu te sens femme ?

Oui quand même, je me sens femme, je me sens mère. Mais je te dis, il y a des jours, même souvent, je ne sais pas ce que je fais là, je ne me sens pas bien dans ma peau.

On naît femme ou on le devient ?

On naît femme… Je pense que j’ai toujours été femme.

Claudine et sa soeur enfants ©MLB

Penses-tu que tu aurais eu le même parcours si tu avais été un homme ?

Tu te rends compte, tu me demandes des choses, quand même… Ah non, je n’aurais pas eu le même parcours. J’aurais essayé de faire un métier en lien avec la nature. Je voulais être couturière, je n’ai jamais pu être couturière. Ma sœur voulait être coiffeuse, elle n’a jamais été coiffeuse ! À l’époque, on ne pouvait pas faire ce qu’on voulait. Quand tu n’avais pas de parents pour te payer un apprentissage, tu allais chez les autres faire du ménage. C’est comme ça que ça commençait. Tu travaillais chez les autres. Après j’ai fait quatre années d’usine. Si j’avais été un homme, j’aurais fait des études pour aller plus loin, pour avoir un métier en main.

J’ai trop l’instinct maternel. Ce n’est pas mieux : tu souffres davantage. Si l’enfant ne te donne pas autant qu’il reçoit, tu n’es pas heureuse.

Si tu avais pu choisir ton sexe, tu serais homme ou femme ?

Je crois que j’aurais été femme. Gamine, j’étais maternelle, je le suis toujours. Un homme, il est paternel, mais ce n’est pas la même chose, il ne porte pas d’enfant. J’étais fière d’être mère. C’était important pour moi d’être maman. J’étais ravie quand j’ai eu un enfant. Mais j’ai trop l’instinct maternel. Ce n’est pas mieux : tu souffres davantage. Si l’enfant ne te donne pas autant qu’il reçoit, tu n’es pas heureuse.

Je n’ai jamais pris de contraception. J’avais un homme qui était assez consentant à l’époque, on pratiquait le retrait, je pense que ça ne se fait plus maintenant. Pour la petite (une enfant décédée à trois mois), ce n’était pas prévu. On avait suivi la méthode Ogino (forme de « contraception naturelle), où il fallait calculer en fonction des règles, tout ça, donc je n’étais pas censée tomber enceinte. Après tu sais, quand tu as perdu un enfant, tu n’as pas trop envie que ton mari te touche.

Claudine et Yvon le jour de leur mariage ©MLB

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui en tant que femme ?

Rien ne me manque. Je suis seule, je n’ai pas un manque de… un manque de sexe, par exemple. Ça manque à certaines, même à mon âge. Mais je pense que j’aurais encore pu satisfaire un mari.

Qu’est-ce que tu aimerais voir changer en faveur des femmes ?

Qu’on les respecte. Il manque aussi de l’égalité. Tu as vu les salaires ? C’est quand même pas normal !

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©MLB

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