Poka parcours une touche

Elizabeth et Morgane, créatrices de Poka

Poka doit sa naissance à une rencontre quasi providentielle. Elizabeth et Morgane se sont trouvées au bon endroit, au bon moment, avec la même envie : créer une marque de maroquinerie. Leurs parcours différents sont devenus une force. L’une a un sens du business aiguisé, l’autre une force créatrice que rien n’entame, même les coups durs. Car lancer son entreprise n’est pas chose aisée. Beaucoup tentent leur chance, les réseaux sociaux et autres podcasts font la part belle aux success stories, mais pour qu’une initiative soit couronnée de succès, il faut abattre un travail monstre et avoir les épaules solides. Deux ans après leur rencontre, les créatrices de Poka peuvent se targuer de voir leurs sacs à rabats interchangeables distribués au sein du concept store L’Appartement Paris et ont déjà monté plusieurs pop up stores*. Elles ont fait le choix de la qualité en faisant appel à un atelier de fabrication français et familial qui travaille du cuir « pleine fleur » venu d’Italie. Autre engagement notable : les pochettes de protection des sacs Poka sont fabriquées dans un établissement de service d’aide par le travail (ESAT) qui favorise l’insertion sociale et professionnelle des adultes handicapés. Rencontre avec deux entrepreneuses passionnées.

QUELLE EST VOTRE FORMATION ?

Morgane : J’ai fait une formation de styliste designer textile, suivie d’un an de formation à la maroquinerie aux ateliers Toolbox parce que c’était une vraie passion. J’ai commencé à travailler sur ma marque dès que j’en suis sortie. J’ai organisé des ventes, monté des pop-up stores et à l’occasion d’un de ces événements, j’ai rencontré Elisabeth qui m’a complimentée sur mon travail. On a décidé d’associer nos forces.

Elizabeth : J’ai une formation hyper classique. J’ai fait une prépa et une école de commerce. À la fin de mes études j’ai commencé à travailler pour Eric Bompard où, pendant 6 ans, j’ai gravi tous les échelons. Après six années passées dans cette belle maison, j’avais vraiment envie de créer ma marque. Je vouais une véritable passion pour la maroquinerie, je me suis donc formée dans ce domaine. J’ai commencé à dessiner ma collection, des motifs, et au lendemain de la fin de ma formation, j’ai rencontré Morgane. Je suis allée la voir pour lui dire : « Je veux faire comme toi ! ». On a la même éducation, donc des valeurs communes, des profils complémentaires. Notre association coulait de source.

POURQUOI LA MAROQUINERIE ?

Morgane : Ma soeur est une grande collectionneuse de sacs. Et en deuxième année d’école, j’ai eu un cours d’accessoires. C’est là que j’ai pris le plus de plaisir. À la fin de mes études, mes profs m’ont incitée à me tourner vers la maroquinerie.

Elizabeth : Ce que j’adore dans la maroquinerie, c’est que tout est dans le détail. Si tu fais un bord franc, un rembordé ou un piqué retourné, tu n’as pas du tout le même résultat. Le bord franc, par exemple, c’est ce qui coûte le plus cher, mais c’est aussi ce qui donne sa qualité au produit. On travaille avec un atelier français qui fait des merveilles. Le produit est impeccable, la moindre piqûre est savamment étudiée. Morgane a eu l’idée de collaborer avec un ESAT pour la fabrication des pochettes en coton qui contiennent les sacs. On est ravies de ce choix, c’est d’autant plus valorisant pour nous.

© Poka

LES TEMPS FORTS DE DE VOTRE PROJET ?

Morgane : Les temps forts, c’est quand les nouveaux produits sortent : on passe du dessin à la réalité, de la modélisation à l’objet fini.

Elizabeth : Dès qu’on vend un sac, on est tellement fières ! Et quand les client.e.s viennent acheter un nouveau rabat aussi, parce que ça veut dire que le concept fonctionne. Ce qui est dur, c’est la gestion d’entreprise, la perpétuelle recherche de financements. Même si le projet marche et qu’il y a des ventes, on développe tellement de choses qu’il faut toujours trouver de l’argent, parce que c’est ça qui permet à une entreprise de grandir. Pour y arriver il faut faire du volume, pour faire du volume il faut avoir des fonds parce qu’on paie toute notre production en amont… Je pense aussi qu’il faut démystifier l’entreprenariat. Ce n’est pas pour tout le monde. Il faut savoir que c’est très prenant, aussi bien physiquement que mentalement. Tu n’as plus de week-ends, tu penses en permanence à ton projet. C’est contrebalancé par une liberté immense et une autonomie complète. Je parle de ça parce qu’on a rencontré beaucoup de personnes qui se sont lancées et pour qui ça n’a pas marché. C’est essentiel de savoir ce qui te correspond pour t’épanouir.

QUELQUE CHOSE QUE VOUS AURIEZ AIMÉ SAVOIR AVANT DE VOUS LANCER ?

Elizabeth : Le fonctionnement de la presse par exemple. Je pensais que les journalistes parlaient seulement de ce qu’elles aiment, je n’avais pas conscience du poids qu’ont les annonceurs [une marque ou une entreprise qui achète de l’espace publicitaire dans un magazine, donc qui amène de l’argent au média, ce qui fait que les journalistes ont plus ou moins l’obligation de citer la marque dans leurs articles, ou du moins de ne pas en dire de mal, ndlr]. Aujourd’hui je comprends ce fonctionnement, mais il n’en faut pas moins ‘payer’ pour être citées dans la presse. La partie financement du projet est rude aussi. Il faut énormément d’argent. On ne pensait pas que ça demanderait autant de ressources. On a aussi appris tellement de choses sur le tas ! Sur la stratégie aussi, on doit faire beaucoup de compromis.

Morgane : Tout ce qui concerne la partie financière. Quand je me suis lancée, je ne me rendais même pas compte qu’il allait falloir emprunter de l’argent !

© Poka

EST-CE PLUS DUR D’ÊTRE UNE FEMME QUAND ON ENTREPREND ?

Elizabeth : C’est arrivé qu’on se retrouve face à un comportement infantilisant. Disons que certaines personnes nous parlaient sur le ton de « ma petite mignonne » : « elle est mignonne, elle est rigolote, elle a fait trois sacs… ». Après, les choses ont évolué, désormais beaucoup de mesures ont été mises en place pour aider les entrepreneuses, qu’il s’agisse des banques, des réseaux indépendants ou des aides de l’Etat. J’ai le sentiment que les choses se sont inversées : maintenant, quand tu es une femme et que tu lances ton activité, on a envie de t’aider.

Morgane : Au début, oui, du fait d’être à la fois femme et jeune. On me demandait : « Vous êtes sûre que vous allez pouvoir payer ? » Aujourd’hui il y a plein d’aides pour les jeunes, plein d’aides pour les femmes, ça a changé. Il y a aussi la force qu’on a à deux, et que je n’avais pas seule.

DES PARCOURS OU DES SUPPORTS QUI VOUS INSPIRENT ?

Morgane : On est très fan des podcasts Generation XX et Le Gratin, fait par Pauline Laigneau. J’aime aussi beaucoup le parcours de Mathilde Lacombe. Je me reconnais dans certains traits de caractère qu’elle a pu évoquer, notamment la timidité et le manque d’assurance qu’elle ressentait au début de sa carrière. C’est d’autant plus inspirant de voir tout le chemin qu’elle a parcouru, depuis Birchbox jusqu’au lancement de sa nouvelle marque.

Elizabeth : Je ne manque pas un épisode du Gratin. Pauline Laigneau (fondatrice du podcast Le Gratin, ndlr) a l’intelligence d’interviewer les gens autrement.

UN CONSEIL QUI VOUS A VRAIMENT SERVI ?

Elizabeth : C’est un conseil que j’ai entendu dans Generation XX. Quand tu rencontres quelqu’un, à l’issue de l’entrevue, il faut que tu aies appris trois choses. Tout le monde a quelque chose à apporter, tout le monde a quelque chose à apprendre, à toi de trouver le bon angle pour repartir plus riche de connaissances.

Morgane : Se dire que même si on ne réussit pas dans l’entreprenariat, ce n’est pas un échec : c’est apprendre pour mieux rebondir. C’est quelque chose que j’ai eu du mal à intégrer. Aujourd’hui j’arrive à me dire que si ce projet ne marche pas, c’est que quelque chose de mieux m’attendra après.

LES PROJETS À VENIR POUR POKA ?

Elizabeth : On veut s’ouvrir encore plus aux multimarques. On prospecte pour s’implanter dans plusieurs points de vente. On planche aussi sur l’ouverture de notre showroom, mais ce ne sera pas tout de suite.

LA COLLAB RÊVÉE

Morgane : J’aime beaucoup le parcours de Lisa Gachet de Make my Lemonade. Je pense par exemple à un imprimé qu’elle développerait en exclusivité pour une de nos collections… Ce serait super.

Elizabeth : On a failli faire, et on l’envisage toujours, un mix entre gâteaux et maroquinerie, parce que Morgane a son CAP pâtisserie : un modèle de sac qui servirait à transporter des douceurs.

UNE MARQUE QUI VOUS A BLUFFÉES RÉCEMMENT ?

Elizabeth : Rivecour ! Une super marque de chaussures. On a rencontré le fondateur qui fait un carton avec ce projet. Il pense tout dans les moindres détails.

LE SECRET D’UN DUO QUI MARCHE

Elizabeth et Morgane : C’est comme dans un couple : la communication ! (rires). Mais vraiment, il faut se parler. Savoir demander à l’autre pourquoi elle boude, savoir s’engueuler, faire des compromis…

© Poka

Pop up store Poka au 21, rue de Debelleyme, dans le 3e arrondissement, jusqu’au 22 avril.

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